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... postées en Bulgarie


En suivant les cigognes...


Nous entrons le 3 avril en terre Bulgare, un pays Balkan de 8 millions d’âmes dont nous n’avions aucune image en tête. La première fut celle de Zaio, un peintre bulgare, très voyageur et apparemment non moins connu. Une entrée dans le pays pleine de couleurs et en français. On se croise devant l’église, on se retrouve autour d’un café et on finit la journée chez lui dans son atelier. A travers ses tableaux modernes, lumineux, inspirées de la mythologie et du folklore de son pays, nous captons un peu de ses ambiances de fêtes traditionnelles ou hommes et femmes dansent autour du feu, ou les tambours et violons donnent le rythme. Une soirée sympathique dans la cuisine ou l’on se sent dans un musée… avant de rejoindre notre lit sous les posters d’expositions qu’il fit à Villejuif ou Avignon.

La Bulgarie est un des trois pays candidats à l’Union Européenne avec la Roumanie et la Turquie que nous venons de quitter. Pour les deux premiers, si tout va bien, c’est prévu pour 2007. Plus de démocratie, moins de corruption (ici aussi « on achète parfois ses diplômes » nous confie-t-on, « quand a la police… »), plus de respect des droits de l’homme, une amélioration du système juridique… et comme le dit la brochure d’information de l’UE, une économie de marché compétitive !

Dans les campagnes nous essayons justement d’en savoir plus sur la vision des bulgares vis-à-vis de ce futur européen. Beaucoup n’en savent pas beaucoup ou le craigne : hausse des prix, des standards a adopter, des contraintes venus de Bruxelles, la peur de se « faire manger » par les pays historiques de l’UE. Nous essayons d’argumenter en russe (la langue bulgare étant proche) mais nos connaissances trop limites de la langue et le peu d’écoute de nos interlocuteurs nous empêche de vraiment avoir des discussions intéressantes. Nous sommes juste désolé de constater que les gens ne voient dans l’Europe que sa facette économique et mettent de cote ce qu’elle représente en terme de paix, d’avancée de la démocratie et d’échanges culturelles. C’est peut-être aussi beaucoup demander a des gens qui ont du mal a joindre les deux bouts.

Nous vivons un second printemps en pédalant dans ces grandes forets de Bulgarie. Nous n’avions pas vu autant de verdure depuis le début de notre voyage, il faut dire que le pays est un grand bol d’air pur. 30 % du territoire est recouvert de forets ! Certains étrangers (Suisses, Allemands, Français) ne s’y sont pas trompés en rachetant des vieilles maisons pour leur terrain et rebâtissant une maison pour les vacances - et pourquoi pas la retraite. Juste dommage de voir de beaux bâtis disparaître car trop chers a restaurer.

Chaque matin, nous nous élançons sur les routes en même temps que les cigognes, sur le chemin de l’été, gagnent de l’altitude en traçant de grands cercles dans les airs avant de filer a l’ouest. Et on se demande par moment si certaines n’envient pas leurs congénères qui ont déjà trouvées nid à leur plumage avant même le Danube.

Pour les Bulgares, les cigognes sont surtout l’occasion d’honorer la tradition de "Marenitsa-Baba Marta" : le 1er mars, tout le monde se voit offrir un petit bracelet rouge et blanc qui symbolise la transition entre la rigueur de l’hiver (blanc) et la chaleur du printemps (rouge). Au premier signe du printemps, chacun l’accroche sur un fruitier du jardin ou sur le bord des routes, garantissant santé pour l’année à venir. Et ainsi on se réjouit de voir tant de bracelets suspendus, et on comprend aussi que le douanier attend toujours sa cigogne !

Contrastant avec cette tradition pleine de gaieté, la campagne bulgare nous laisse une impression de calme et de mort lente. Aux portes des maisons, un grand nœud papillon noir annonce la mort du père de famille, les feuilles A4 avec portrait et dates de décès se croisent a tous les coins de rues, certaines restant plusieurs années. En Bulgarie on n’oublie pas ses morts, c’est certain. Ces grands-mères assises sur le banc devant les jardins impeccables ont le regard nostalgique. Et les jeunes, ou sont-ils ? Beaucoup ont déserté pour rejoindre la ville.

Du coup, ce sont des dizaines de maisons dans le moindre village qui sont inhabités, le silence en devient oppressant. A deux reprises, on nous proposera de dormir dans ces maisons vides. A seulement 100 km, le Turquie bouillonne… ici, c’est tout l’inverse.

Et dans les quartiers des tziganes, c’est encore une autre ambiance. Minorité importante avec 10% de la population, ils sont pourtant en marge de la société tant économiquement que géographiquement. On nous prévient de faire attention a ces gens : ici un policier qui nous décommande telle route car elle passe dans plusieurs villages tziganes, la un voisin d’un soir qui nous fait signe sans équivoque de la main que les voleurs ne sont pas loin… et des lors que nous sommes dans un village touristique ou d’un musée en plein air, point de tziganes en vue. Nous observons une ségrégation et des allusions sans ambiguïtés sur ces gens que l’on appelle en France gitans, gens du voyage ou encore manouches. D’ailleurs, plutôt que tziganes, nous les appellerons Roms, ce qui signifie ‘homme’ dans leur langue.


Une précision : ici les roms ne vivent pas dans de grand camping-cars ou caravanes tires par de grosses Mercedes. Non, ils se déplacent plus souvent dans une charrette tirée par un cheval et ramassent l’acier sur le bord de la route ou sont bûcherons (hommes et femmes) pour gagner un peu d’argent. Ils sont propriétaires des plus vieilles Lada du pays, dans lesquelles s’entassent leur ribambelles d’enfants.


Nous sommes d’un coté attirés par cette culture que nous ne connaissons si peu, de ces linges colores qui sèchent toujours au vent proche de leur „chez eux“, de ce mode de vie encore nomade pour certains. D’un autre cote, nous ne nous sentons pas très a l’aise dans leur monde, quand un enfant de 12 ans conduit une voiture en plein village, quand le ton monte vite et se fait violent, quand deux petits prennent pour cibles les poules de la maison avec leurs pierres et que ça ne gêne personne.

Nous avons le sentiment que les règles sont ici très différentes des nôtres mais on ne veut pas se laisser envahir par nos préjugés… pourtant, ce jour la nous entrerons dans un village en laissant l’appareil photo bien rangé. Une fois nous sommes invites pour un café et avons une conversation intéressante sur leur vision de tous ces gens qui roulent de grosses voitures et filent a travers leur village sans jamais s’arrêter. Et une autre fois, nous préférons continuer plus loin plutôt que de poser la tente dans un village. Juste des ressentis, suffisamment pour ne pas « oser ».

Le monde Roms nous est donc difficile à pénétrer. Des peurs, des impressions, des influences externes… la Roumanie nous donnera l’occasion d’essayer de faire le pas encore une fois, espérons pouvoir comprendre et voir davantage. A suivre donc…

Ariane & Xavier (Bulgarie, le 18/04/2006 )


 
 
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