Voyage à vélo couché de 1 an à la découverte des agricultures et alimentations de la Mongolie, Chine, Kirgiztan, Ouzbekistan, Turkmenistan, Iran, Arménie, Géorgie, Turquie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Slovaquie, Autriche, Allemagne, France, découverte, vélo, couché, bent, cyclotourisme, cyclo

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"La vie est un voyage, il suffit d'être prêt pour que l'occasion se présente" [proverbe mongol]

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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... postées en Ouzbekistan


Ouzbekistan, tradition et modernisme

Nous quittions le Kirghizstan par Osh, la meme ou nous etions entrée 1 mois avant, pour penetrer l’Ouzbekistan par sa region la plus traditionnelle et la plus mouvementee, la vallee du Ferghana. De vallee, elle en a que le nom ; il s’agit plutot d’une grande cuvette aplatie ou les routes sont tirees aux cordeaux et la platitude de rigueur. Apres les montagnes kirghizes, c’est le repos assure pour tout cycliste !

Nous redoutions le passage de frontiere, ce fut finalement une formalite… nous echangeons quelques mots de russes avec les douaniers, nous acquiessons avec un grand sourire lorsqu’il nous citent Rudi Voller et Zinedine Zidane... Diplomatie de circonstance. Cinq minutes cotes kirghize, cinq minutes cote ouzbek… et nous voila dans notre quatrieme pays. Et comme a l’habitude (nous commencons a voir une routine s’installer, meme en voyage…), nous essayons rapidement de comprendre la maniere d’aborder les gens, avoir des references de prix, savoir comment trouver l’eau, reperer le bon campement… toutes ces choses qui font notre quotidien. Nous retrouvons un peu l’ambiance “fliquee” du Xinjiang, tous les 20 a 30 km, un barrage routier controle nos passeports et visas. Si ces controles etaient serieux dans le Ferghana, ils seront beaucoup plus flokloriques dans le reste du pays. La milice s’interesse plus a nos velos qu’au contenu de nos passeports.

Nous sommes entrés le 4 octobre, debut du Ramadan, synonyme de jeune journalier du levee au couche du soleil. Synonyme aussi de fermeture de la plupart des Chaikhanas (sorte de restaurants) en journee. Nous nous faisons surprendre et avons parfois du mal a trouver une place ou manger le midi tant la population du Ferghana, tres traditionnelle, respecte en grande majorite cette regle de l’Islam. Par contre, ne cherchez pas de grandes et belles mosques ou une architecture remarquable dans cette region, elle est toute devouee a son agriculture : une exploitation des terres poussee a l’extreme, ou le cotton regne en culture maitre. Nous sommes en pleine saison de recolte, entierement manuelle, pendant laquelle la population est “requisitionnee” pour travailler aux champs.

Nous passons a Andijan, tristement celebre pour les evenement recents de rebellion contre le pouvoir en place. Mais aussi connu pour l’implantation d’une usine Daewoo, dont les habitants sont fiers et n’oublient jamais de nous rappeler son existence. Sur les routes, c’est simple, Tico, Damas, Matiz ou Nexia remplacent progressivement les vieilles Lada et Zigouli. La qualite des routes nous surprend et nous roulons jusqu’a 130 km par jour, malgres des journees de plus en plus courtes.

Un soir, alors que nous cherchons un campement, nous sommes aborde par un groupe de jeunes Ouzbeks qui rentrent des champs de cotton. Nadir, 16 ans, se distinguent des autres. C’est la premiere fois qu’il voit des “touristes”… il est tout excite de pouvoir exercer son anglais qu’il n’apprend que depuis 2 ans. Il veut passer la soiree avec nous et nous invite chez son oncle qui habite a quelques centaines de metres. Mais de la maison, nous ne verrons rien. L’oncle a peur de la police et ne souhaite pas accueillir des etrangers chez lui (c’est possible, mais cela necessite une longue et fastidieuse procedure d’enregistrement). Nous plantons donc la tente non loin de la maison. Pourquoi parler de Nadir ? Parce que Nadir est un adolescent extrement intelligent qui nous a bouleverses. Il nous est difficile d’ecrire et de faire comprendre ce que nous avons pu ressentir durant ces quelques heures passees avec lui. A defaut de partir dans de grandes descriptions, voici quelques un de ses propos, peut-etre comprendrez vous alors ce que nous avons vecus.

I am a farmer. I am not a bad boy / Je suis un fermier. Je ne suis pas un mauvais garcon ” .Voila comment il nous a aborde, sur un ton haletant et nerveux, de peur de ne pas se faire comprendre … on est de suite tombes sous le charme.

I would like to come to France or Germany… but I am poor / J’aimerai venir en France ou en Allemagne. Mais je suis pauvre…”. Nadir est issu d’une famille de paysans, il nous confie qu’il mange essentiellement du pain avec du the, parfois quelques fruits ou legumes.

Durant la soiree, nous lui proposons de partager notre repas. Il ne touche a rien pendant une bonne heure. Nous lui rappelons qu’il doit manger pour pouvoir travailler demain. Ce a quoi il retorque : “I forgot I was hungry when I met you / J’ai oublie que j’avais faim lorsque je vous ai rencontre”.

Nous comprenons aussi avec cette rencontre a quel point le pouvoir de l’image et des medias est important et exerce sur la population une forte influence. Il nous dira par exemple : “I don’t believe it, I am with two tourists… but you are not as beautiful as in the books ! / je ne le crois pas, je suis avec deux touristes… mais vous n’etes pas aussi beau que dans les livres !)”. Il nous demandera aussi “who defend you ? qui vous defend ? ”, sous entendu que l’Ouzbekistan est dangereux. Une question que l’on nous posera souvent… une idée admise, relayee par le pouvoir en place afin de justifier une omnipresence policiere.

Le lendemain matin, nous retrouvons Nadir pour le petit dejeuner. Ne voulant pas laisser cette rencontre sans lendemain, nous lui proposons de lui ouvrir une adresse email afin que nous continuions a echanger. Nous voulons lui donner un peu d’argent pour qu’il puisse aller a la ville et payer quelques heures d’Internet. Il refuse categoriquement : “I do not need this money, you need it / Je n’ai pas besoin de cette argent, vous en avez besoin”. Puis il se justifient “I know many people here and I can work. You do not know any one / Je connais plein de gens et je peux travailler. Vous ne connaissez personne ”. Que repondre a ca ? Nous insistons pendant 20 minutes… en vain.

Finalement, au moment de se quitter, il nous dit qu’il accepte cette argent mais “not here, this young boy would think he can receive money from tourists / pas ici, ce jeune garcon penserait qu’il peut recevoir de l’argent des touristes
”. Nadir est assez intelligent pour savoir que, s’il veut communiquer avec nous, il a besoin de cet argent, et assez intelligent pour ne pas donner une fausse image des touristes a un jeune Ouzbek qui se trouvait la au moment de notre “transaction”. Nous sommes soufflés !


Nous quittons ce garcon en ayant le sentiment d’avoir fait une rencontre tres forte, profondement humaine et desinteresse. Nadir peut reussir de grandes choses. Son voeux le plus cher est d’aller etudier a Tashkent et devenir interprete. Nous le lui souhaitons de tout coeur.


Apres avoir quitte le Ferghana, nous rejoignons donc rapidement Samarcande pour y decouvrir un site touristique et historique d’importance. Mais surtout pour y retrouver les parents de Xavier. Nous y passerons 5 jours, plus a discuter de nos quatre premiers mois de periple qu’a visiter les nombreux merdersas et mausoles dont la ville regorge. L’occasion aussi de retrouver des gouts de chez nous (saucisson, chocolat, fromage…) et de donner un coup de neuf aux velos. Mais parlons de Samarcande…les monuments y sont splendides, il s’agit reellement de la premiere ville de notre voyage ou nous nous attardons devant une façade, une porte ou un detail decoratif. Les faiences et ceramiques bleues sont un emerveillement pour les yeux, la hauteur de certains frontons de medersas refletent toute la richesse et influence de la ville dans l’Asie centrale des 14, 15 et 16 eme siecles. Pourtant, Samarcande nous laisse une impression mitigee, tant les sites touristiques, tous renoves, semblent etre en dehors de la vie de la ville. L’etat Ouzbek (c’est a dire son president Karimov), a compris l'importance du tourisme pour l’economie et a fait raser des quartiers entiers pour donner a la ville une allure tres propre, un peu a l’image de nos villes occidentales. Dommage… est-cela que le touriste vient chercher ? Pas nous en tout cas.

Trois jours après, nous arrivons a Boukhara, ville sainte de l’Asie centrale. Nous y deambulons pendant deux jours et y decouvrons une ville ou le tourisme semble plus integre a la vie de la cite. Ses commercants y sont moins aggressifs. Un soir, alors que le flot de touristes est fini, nous sommes invites a boire le the chez un marchand d’aquarelles. Le lendemain, nous sommes les hotes d’un restaurateur. L’hospitalite Ouzbek n’est pas un vain mot ! Pendant le repas, on y melange volontier vodka, vins et the… Les toasts se succedent “A la paix et l’entente entre les peuples”, “Bonheur et sante pour les enfants”, “…”, toutes les raisons sont bonnes pour lever un verre et trinquer. Les plats se succedent et on en ressort repus.

Generalement, nous avons ete tres surprise par la femme ouzbek. Elles se revelent etre d’un caractere tres affirme, n’hesitant pas a nous aborder, nous questionner et plaisanter. Pourtant, la condition de la femme en Ouzbekistan n’est pas a envier. Selon des statistiques, beaucoup de femmes sont battus, la plupart se retrouvent mariees tres jeunes sans leur consentement. La charge du travail menager vient souvent s’additionner a celle d’un travail a l’exterieur. La femme est la garante de la tradition, celle qui doit transmettre a ces enfants les valeurs de la societe… dans ces conditions, comment echapper au carcan familial et au poids des moeurs ? Heureusement, la societe evolue avec l’education et nous rencontrons aussi des familles ou le mariage est libre.

A Boukhara, nous croisons le chemin de Rustam, ancien officier de l’armee sovietique. Nous passons des heures a discuter des problemes de son pays, de nos pays, il nous eclaire sur l’Islam et sur la periode de la grande URSS. Lui, comme beaucoup d’autres Ouzbeks, ont la nostalgie de l’ere sovietique. “La vie etait plus facile” nous dit-il. Nous en oublions presque que nous sommes a boukhara et toutes ses merveilles architecturales.

Cette rencontre est a l’image de l’Ouzbekistan : des hommes et des femmes d’une grande hospitalite, ouverts au dialogue et curieux de connaitre l’autre. De tous ces gens, nous en gardons de tres bons souvenirs… des paysages, nous n’en diront pas autant. Disons le clairement, l’Ouzbekistan n’est pas un beau pays. La monoculture du cotton, la quasi absence de montagnes et les canaux d’irrigation en beton y sont pour beaucoup. Sur la route, nous avons plus profites du bon revetement asphalte pour discuter et s’echapper dans nos reflexions personnelles que beneficier de notre position couchee pour admirer la vue.



Demain, nous reprenons la route plein sud pour affronter le desert qui s’ouvre a nous avec le Turkmenistan. Visa de transit oblige, nous n’y passerons que quelques jours. Nous vous donnerons des nouvelles depuis l’Iran, ou nous entrerons juste avant la fin du Ramadan. A bientot !

Ariane & Xavier (Ouzbekistan, le 24/10/2005 )


 
 
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